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L’inventaire annuel chez Rémy Martin, vaste opération de relevé d’alcool à l'hectolitre près

L’inventaire annuel chez Rémy Martin, vaste opération de relevé d’alcool à l'hectolitre près

Samedi 19 Fevrier 2022

Visite du site d’exploitation de la marque de cognac Rémy Martin, à l’occasion de l’inventaire annuel.

Chez Rémy Martin, grande maison de cognac fondée en 1724, l’inventaire est une étape importante de l’activité de l’entreprise. Le site de Merpins regroupe près de 146 000 fûts, répartis dans 30 chais (ndlr : un encore en construction), alors pas de temps à perdre pour effectuer l’inventaire et comptabiliser au millimètre près le volume, à transformer en TAV (titre  alcoométrique volumique) puis en hectolitres d’alcool pur !

« On effectue le relevé de l’alcool contenu dans les fûts, un par un », expliquent Frédéric Durandeau, assistant de production et informaticien, aux côtés de David Fredon, responsable du relogement. Une charge de travail importante à réaliser tous les ans pour connaître précisément l’état de son stock et se soumettre à l’obligation administrative et légale imposée par les services de la Douane. Une fois l’inventaire achevé, son relevé est transmis à la Douane qui va contrôler et vérifier les chiffres fournis. Les contrôles aléatoires de cette dernière restent relativement rares, si l’on en croit Frédéric Durandeau qui dit « n’avoir assisté qu’à un seul contrôle de ce type en 14 ans de maison ».

L’inventaire a ceci de pratique qu’il permet de « gagner du volume de stockage » et de « constater l’évaporation de l’alcool des fûts - joliment appelée « part des anges » à Cognac - qui résulte du changement de températures ». En effet, en hiver la température moyenne du chais avoisine les 8 degrés tandis qu’en été elle oscille entre 10 à 15 degrés. Cette évaporation représente en chiffres près d’un chai d’alcool évaporé, soit 3 à 4000 fûts par an, ce qui est loin d’être négligeable !

Pour mesurer le taux d’alcool contenu dans les « grands contenants » - jusqu'à 610 hectolitres sur le site -, les salariés de Rémy Martin sont munis « d’une caméra qui, au bout d’une perche, permet de visualiser au millimètre près le taux d’alcool contenu dans un tonneau ». Cette technique de mesure par caméra remplace le travail des ouvriers sur une échelle qui est interdit de nos jours pour des raisons sécuritaires.

Après ces explications, la visite du chai se poursuit par la rencontre de Jonathan Villette, employé au service Relogement, tandis qu’un de ses collègues s’active à l’échantillonnage des fûts (lire plus loin). Ces deux salariés sont chargés de repérer et de démonter les fûts abîmés. Si les barriques ont plutôt « une longue durée de vie », il faut quand même les entretenir et les réparer fréquemment pour éviter les fuites. Entre chaque rangée de tonneaux qui sont alignés sur trois à quatre étages, il n’y a pas plus de 50 centimètres d’espace pour intervenir sur le tonneau. Il faut donc parfois « les désempiler et les rempiler suivant le fût qui a une fuite », raconte-t-il.

Jonathan effectue aussi le remplissage des fûts à l’aide d’une machine reliée aux tonneaux par des tuyaux. Il laisse « toujours dans chaque fût, cinq litres de creux » pour éviter qu’il ne déborde, du fait des variations de températures. La machine filtre l’alcool en aspirant l’eau-de-vie contenue dans le fût puis la ré-injecte, une fois filtrée.

L’échantillonnage essentiel et précautionneux

L’échantillonnage doit être réalisé avec précaution, car « pas question de gaspiller  ! », assurent les salariés présents. Sur les rangées rectilignes de fûts, sont « prélevés des échantillons de 125 millilitres dans des fûts » pour contrôler la qualité du produit, ainsi que l’évaporation. Julien et Cyril, autre agent du service relogement (ndlr : composé de 9 employés et de plusieurs intérimaires en cas de besoin) sont chargés de cette mission d’échantillonnage. Les fûts choisis pour l’échantillonnage sont marqués d’une croix, une fois la tâche réalisée. « Cela permet de ne pas perdre de temps », assure l’agent de chai.

Le relevé d’inventaire modernisé grâce à l’informatique

Le relevé d’inventaire consiste à calculer, à partir des données récoltées sur les fûts le total des hectolitres d’alcool pur par barrique. Auparavant, cela se faisait à la main à l’aide d’une calculette, « mais la marge d’erreur était trop grande », reprend Frédéric Durandeau, qui a été chargé dès 2007, à la demande du maître du chai, d’informatiser le processus.

À partir de 2011, révolution dans l’entreprise Rémy Martin avec l’arrivée d’une application qui s’utilise par le biais de PDA (personnal digital assistant) et qui permet de faire ce relevé d’inventaire numériquement. « Ce qu’on faisait à la main, on l’a transformé en informatique », poursuit F. Durandeau. En effet, la connexion wifi dans les chais « ouvre des portes aux nouvelles technologies ». L’entreprise Rémy Martin entend bien étendre sa connexion wifi à l’intégralité de ces chais d’ici la fin de l’année 2022.

L’informatisation facilite le relevé d’inventaire grâce à des étiquettes collées sur les fûts qui constituent « la carte d’identité de la barrique, signalant la provenance de la tonnellerie, le bois utilisé, sa contenance et son âge ». Grâce à ces étiquettes, les agents ont juste à les scanner pour réaliser le relevé de l’inventaire. « On n’a pas réinventé le métier, mais on l’a simplifié », conclut Frédéric Durandeau.

Léa Poirier, apprentie guide

Léa Poirier, 26 ans, est chargée des nouvelles « Rencontres des savoir-faire », mises en place en 2022 sur le site de Rémy Martin à Merpins. Cette apprentie a commencé par un BTS hôtellerie-restauration, suivi d’une licence en oenologie-tourisme. Désormais, elle est guide en alternance chez Rémy Martin et effectue un Bachelor Commercialisation vin et tourisme à Kedge, école de commerce de Bordeaux.

La jeune femme souriante et avenante commence chaque visite par une présentation de la marque Rémy Martin sous un angle historique, qu’elle complète par des informations pratiques et techniques sur la double distillation à la charentaise. Chaque visite se termine par la dégustation d’un cognac phare de la marque au centaure.

 

Article : Alexis Rampnoux

Photo : Rémy Martin

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