Une étude menée à l'Université de Poitiers (*) observe le lien entre l'intensité d'utilisation des pesticides et le taux de tentatives de suicide chez les agriculteurs. Explications avec Armand Chatard, enseignant chercheur au Centre de recherches sur la cognition et l'apprentissage.
Pour votre recherche portant sur l’éventuel lien entre l’usage des produits phytosanitaires et le taux de tentatives de suicide dans la population agricole, quelles sont les données que vous avez croisées et qu’observe-t-on à l’échelle de la France ?
Nous avons combiné deux sources d’information officielles : d’une part les données sanitaires de la plateforme GéoMSA, qui recensent les tentatives de suicide ayant donné lieu à une hospitalisation parmi les affiliés de la MSA (exploitants et salariés), et d’autre part les bases de données mises à disposition par le ministère de l’Agriculture concernant l’Indice de fréquence de traitements phytopharmaceutiques (IFT), qui mesure la quantité de doses de pesticides appliquées par hectare. On a depuis plusieurs années en France des données fiables sur la santé des populations agricoles et l’utilisation des pesticides. Mais elles n’avaient jamais été mises en relation jusqu’ici pour étudier le lien entre utilisation de pesticides et comportements suicidaires. Nous avons donc entrepris de croiser ces données. Elles ont été étudiées au niveau départemental sur les années 2020, 2021 et 2022. Le résultat met en évidence une association : pour une augmentation d’une unité d’IFT (soit environ un traitement supplémentaire à dose de référence par hectare), le taux de tentatives de suicide hospitalisées augmente d’environ 10 % en 2020, et de 8 % en 2021 et 2022.
